iNFO-GRECE

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L'actualité de la Grèce et de Chypre

Les Suisses de Grèce

avec

n°  84, du 17 au 23 juin 2000

Le 6 avril 1891, la Société suisse de bienfaisance Athènes-Pirée était fondée. Parmi les soixante-quatre membres fondateurs figuraient des noms tels que Baumann, Gilliéron, Martin, Schneider, Zwahlen et beaucoup d’autres, dont les familles sont toujours installées en Grèce.

En 1950, la Société suisse de bienfaisance Athènes-Pirée a fusionné avec le Groupe Athénien de la Nouvelle Société Helvétique (NSH) fondé en 1919.

Constantin Kokkinos

Constantin Kokkinos est le président actuel de la Nouvelle Société Helvétique – Groupe Athénien (NSH). Cet avocat d’origine grecque est marié avec Elisabeth, une Zurichoise. Avant de partager son emploi du temps entre Zurich et Athènes, M. Kokkinos a longuement séjourné aux Etats Unis. Dans l’entretien accordé à La Tribune hellénique, il dresse un tableau de la communauté suisse en Grèce.

La Tribune hellénique: Combien de Suisses vivent-ils en Grèce?

Constantin Kokkinos: Il y a environ 2000 Suisses en Grèce dont plus de la moitié réside dans la capitale. Tous les Suisses cependant ne sont pas immatriculés à leur consulat. Ceux-là notamment qui viennent ici pour peu de temps n’apparaissent pas sur les registres.

LTH: Quels Suisses choisissent de venir en Grèce?

C.K: Il y a un bon nombre d’expatriés qui travaillent ici pour des sociétés suisses notamment dans l’agroalimentaire, la banque et les assurances. Il y a des artistes qui sont venus, inspirés par l’histoire grecque, les monuments, le soleil, le ciel bleu et les rivages clairs. Il y a ici surtout des Suissesses qui se sont mariés avec des Grecs. L’inverse est vrai aussi mais c’est beaucoup moins fréquent. Je pense que cette constatation s’applique également aux autres nationalités: une majorité de femmes étrangères viennent en Grèce suite à un mariage.

LTH: Qui sont les plus nombreux, les Suisses allemands ou les Romans?

C.K: En Suisse, les Suisses allemands sont largement majoritaires. Ce n’est pas le cas en Grèce où la communauté suisse et notre association comptent une importante présence sinon une majorité de Suisses romands. Les Romands se sont manifestés très tôt en Grèce, notamment par le biais de la Croix Rouge.

LTH: Comment la Nouvelle Société Helvétique a-t-elle été créée?

C.K: Au XIXème siècle déjà, les Suisses –à l’époque essentiellement des archéologues et des membres d’organisations philanthropiques– se réunissaient entre eux à Athènes et participaient à des activités sociales communes. La représentation diplomatique suisse de l’époque a alors activement appuyé la formation officielle d’une association. En 1946, elle est allée plus loin encore en achetant une maison, rue Skaramanga, connue sous le nom de foyer suisse et destinée à devenir le principal lieu de réunion des Suisses à Athènes.

L’association n’a jamais eu vocation d’être un groupe d’amis de la Suisse. Il existe aussi des organisations qui poursuivent cet objectif et qui visent à développer les relations entre les deux pays. Cependant, le but de Nouvelle Société Helvétique a toujours été de permettre aux Suisses de se retrouver entre eux. Elle est ouverte aux Suisses de toutes les catégories sociales et de tous les ages. Nos fêtes sont organisées en collaboration avec l’ambassade suisse par laquelle transite aussi notre correspondance officielle.

LTH: Est-il facile pour un immigré suisse de venir en Grèce?

C.K: Actuellement du point de vue légal –sans préjuger de son statut social– le statut d’un immigré suisse est identique à celui d’un Africain ou d’un Américain, dans la mesure où il est considéré comme un résidant extra communautaire. Cela devrait changer après l’application des accords bilatéraux avec l’Union Européenne qui prévoient la libre circulation des personnes et qui ont été approuvés récemment par le peuple suisse lors du referendum du 21 mai.

Claire Vourou

Claire Vourou est vice-présidente de la Nouvelle Société Helvétique depuis 20 ans et mariée à un Grec depuis 32 ans. Elle était venue en Grèce pour préparer un diplôme d’histoire de l’art minoen.

La Tribune hellénique: A quel moment avez-vous commencé à fréquenter la Nouvelle Société Helvétique?

Claire Vourou: J’ai commencé à fréquenter le club suisse en 1968. A l’époque le club était fréquenté par des personnes plus âgées et les maris grecs n’étaient pas acceptés. L’ambiance était différente d’aujourd’hui. Il y avait des messieurs qui jouaient aux cartes et beaucoup de suissesses qui travaillaient à Athènes comme gouvernantes. Depuis le club s’est rajeuni et les statuts ont été modifiés pour permettre aux conjoints non suisses des membres de le rejoindre.

L’association a ainsi permis à des Grecs qui ont vécu en Suisse de rencontrer des gens qui avaient connu une expérience similaire. Des gens avec lesquels ils avaient donc des affinités. Mon mari en particulier, a noué des amitiés avec d’autres Grecs qui venaient au club.

LTH: Quelles activités votre association organise-t-elle?

C.V: Nous organisons diverses activités. Entre autres des conférences avec des thèmes en rapport avec la Suisse.

Chaque année nous programmons une soirée en l’honneur d’un canton. En décembre 1999 par exemple Genève était à l’honneur. Lors de cette soirée cantonale, intitulée "l’escalade", nous nous sommes réunis dans un grand hôtel -à cause de dégâts causés au foyer par le tremblement de terre- et nous avons prévu des sketchs humoristiques comme cela se fait à Genève. Nous avons aussi dégusté une soupe à légumes. Enfin nous avons chanté.

Tous les ans nous organisons une soirée pour les enfants à Noël comme pour les adultes. Nous mettons sur pied aussi une soirée de dégustation de fondue où nous acceptons les gens qui ne sont pas Suisses. En principe elle a toujours lieu à la fin du mois de mars.

Bien-entendu, nous invitons aussi beaucoup de monde à l’occasion de notre fête nationale. Il y a en autres, des Français, des Allemands et beaucoup de Grecs. Cette fête a toujours lieu dans le jardin de la résidence de notre ambassadeur.

Cet événement peut réunir jusqu’à 500 personnes. Nous invitons pour l’occasion des artistes de Suisse pour divertir le public. L’année dernière, il y avait un lanceur de drapeaux. Cette année où nous avons fêté le 1er Août de façon anticipée nous avons fait venir un humoriste pour parodier les Suisses en français, en allemand et en anglais.

En général, nous organisons des soirées tous les 15 jours. Il y a une soirée de carnaval, des excursions comme le week-end de ski à Arachova en décembre 1999 et des sorties familiales.

Les dames suisses-allemandes et suisses-romandes se réunissent séparément pour boire du café. Nous rendons aussi des visites à des personnes âgées. Nous participons aussi à des œuvres philanthropiques conformément à la tradition de notre société. Par exemple, nous collectons des vêtements pour les réfugiés.

LTH: Les compagnies suisses s’intéressent-elles à l’association?

C.V: Les compagnies suisses ne nous oublient pas. Il y a eu une soirée Swissair où des représentants de notre compagnie nationale nous ont tenu au courant de ses activités. Récemment, la société de produits chimiques Novartis a organisé une exposition sur la biotechnologie au Zappeion. Dans le cadre de cette manifestation, elle a prévu une soirée spéciale pour les Suisses. Nous avons bénéficié ainsi d’une visite guidée et d’un buffet.

LTH: Quel rôle la langue joue-t-elle dans une association multilingue comme la votre?

C.V: Très souvent nous parlons grec avec les Suisses-allemands. Le bilinguisme n’est pas une obligation statutaire pour accéder aux fonctions du Comité exécutif mais en pratique sont privilégiés à ses postes les personnes parlant le français et l’allemand.

Par Florent Celhay

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