Grecs de Belgique
Christos Doulkeridis, le ministre Ecolo des Bruxellois
par Cassandre Toscani

Crédit photos : i-GR/CT
Ecolo convaincu et passionné, homme de dialogue, à contre-courant du communautarisme, autodidacte et travailleur impénitent, Christos Doulkeridis a gravi un à un les échelons de la politique belge. Né à Bruxelles, en 1968, de parents immigrés grecs, il rêvait, à 12 ans, d’être député. Un rêve plus que réalisé : il est, depuis les dernières élections, secrétaire d’Etat de la Région de Bruxelles-Capitale et ministre-président du Gouvernement francophone bruxellois. A l’heure où la Grèce fête les « Apokries », qui marquent le début du jeûne orthodoxe, le réveil de la nature et l’annonce du printemps, tant célébrés dans nos chansons démotiques, c’est tout naturellement que nous avons parlé d’écologie, de produits du terroir, de saveurs et... de ses origines. Christos Doulkeridis nous a reçus à son cabinet, boulevard du Régent, à Bruxelles.
i-GR – Monsieur le Ministre-Président, grâce aux mouvements écologistes, la lutte contre le réchauffement climatique a fini par s'imposer au cœur du débat mondial. Mais le chemin est encore long au vu des résultats du sommet de Copenhague.
Ch. D. – La déception est à la hauteur des attentes. La pression pour aboutir à un bon accord était, pourtant, énorme, mais le climat général des négociations était mauvais. L’objectif était de quitter Copenhague avec un successeur plus ambitieux au protocole de Kyoto, c’est-à-dire un traité comportant des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, le financement des mesures d’atténuation et d’adaptation pour les pays les plus pauvres et les plus vulnérables, un caractère contraignant, et, enfin, un calendrier. Il n’en est rien. L’échec est donc grave non seulement vis-à-vis des opinions publiques, européennes et de nombreux pays en voie de développement, mais aussi par rapport aux résultats de Kyoto et à la rapide dégradation de la situation climatique. Par ailleurs, ce sommet était également celui de la redéfinition du leadership mondial. Les Etats-Unis et la Chine, dont l'implication est en deçà de nos ambitions, ne pouvaient repartir les mains vides. Ils ont donc tracé les grandes lignes de l’accord avec le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Inde. L’Union européenne ne faisait pas partie de ce cercle de cinq pays qui agissent un peu comme les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies ; elle a été contrainte d’y adhérer, sans avoir été vraiment concertée.
i-GR – L’après-Copenhague devra s’accommoder d’un accord plutôt brumeux.
Ch. D. – Les pays ayant « porté l’accord » représentent 80% des émissions globales de CO2. Les réductions annoncées par les pays industrialisés tournent autour de 15% par rapport à 1990. On est loin des 25-40% d’ici à 2020, recommandés par le GIEC, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, avec une réduction d’au moins 50% d’ici à 2050, ce qui signifie, en réalité, une réduction de 90% pour les pays industrialisés. Rien n’est indiqué sur le montant des réductions pour y parvenir. Il est d’ailleurs regrettable que les chiffres du quatrième rapport de cet organisme, publié en novembre 2007, ne soient pas en annexe de l’accord. Y figure bien l’objectif de stabilisation de l’augmentation de température moyenne mondiale sous les 2°C, mais est-ce une hausse en fonction des températures préindustrielles ou de la température actuelle ? Quoi qu'il en soit, le GIEC prédit l'apparition de phénomènes graves et irréversibles en cas de dépassement de ces 2°C. De même, est également absent de l’accord tout objectif chiffré pour la diminution de la déforestation, pourtant, responsable du quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les émissions liées aux transports internationaux aériens et maritimes ne sont pas non plus évoquées. Enfin, ce texte n’est pas contraignant d’un point de vue juridique. Dans l’ensemble, il apporte la confusion. Néanmoins, tous les pays ont réitéré leur volonté de lutter contre le réchauffement climatique.
i-GR – Les climatologues, cependant, ne sont pas d'accord entre eux. Certains affirment que les données sont manipulées pour les rendre plus alarmistes, sans compter la polémique sur les chiffres fournis par le rapport 2007 du GIEC. Qu'en pensez-vous ?
Ch. D. – Un scientifique doit avant tout douter. Il est donc légitime que l’ensemble de cette communauté s’interroge avant de prendre une décision. Les polémiques actuelles – qui ne concernent au demeurant que quelques courts passages de documents, par ailleurs, extrêmement fouillés – surgissent près de trois ans après la publication des rapports, au moment où les décisions politiques se mettent en place. N’est-il pas troublant de les voir surgir peu de temps après les déclarations de l’Agence internationale de l’Energie (AIE) sur la perte de revenus, liés à des actions en faveur du climat, pour les pays exportateurs de pétrole ? De même, l’AIE reconnaît depuis peu l’existence d’un pic de production de l’or noir : les pays producteurs se positionnent parfois comme des pays pauvres, en disant : « On ne pourra plus vendre notre pétrole, aidez-nous à changer nos économies. » Pour en revenir au GIEC, je constate que ce dernier – qui recense l’ensemble des publications confirmant ou infirmant la thèse du réchauffement – publie des rapports qui montrent une forte probabilité, plus de 90%, que le réchauffement de la planète soit dû à l’influence de l’activité humaine. En outre, le GIEC rédige à l’intention des décideurs de super résumés, discutés et adoptés par des représentants de chacun des pays membres des Nations Unies. Je pense, enfin, que la situation réclame une réponse rapide. Attendre davantage de conséquences désastreuses pour convaincre quelques sceptiques me paraît une issue très risquée et incompatible avec le principe de précaution.
i-GR – Depuis la Conférence de Stockholm, en 1972, jusqu'au Sommet de Copenhague de décembre 2009 en passant par le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, y a-t-il eu une évolution dans la perception de l'écologie ?
Ch. D. – La Conférence de Stockholm a donné naissance au Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Le Sommet de la Terre de Rio a consacré la mise en place de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique. La Conférence de Copenhague a entériné le réchauffement de la planète. Force est de constater que – même si, à nos yeux, on avance à pas de tortue – l’écologie fait désormais partie des grands débats internationaux. Copenhague en est une belle illustration : la majorité des Etats y ont répondu présents, et, si l’accord obtenu a pris une telle ampleur, c’est précisément parce que les chefs d’Etat qui l’ont négocié ont pris toute la mesure des conséquences sous-jacentes à la lutte contre le réchauffement climatique. Si, par le passé, il était plus aisé d’obtenir des accords globaux, ceux-ci étaient limités, superficiels, et faisaient fi du cœur du problème : l’interconnexion de la thématique environnementale, des modèles économiques et des systèmes politiques.
i-GR – Et, pour votre parti, le dérèglement climatique est-il une priorité ?
Ch. D. – Cela va de soi. Le premier chapitre du premier livre de notre programme pour les élections de 2009 était consacré à l'« Energie/Climat : la voie verte pour réussir la révolution énergétique ». Nous avons déposé de nombreuses propositions en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Au niveau fédéral, où nous sommes dans l’opposition, nous avons déposé, en juillet 2008, une proposition de loi spéciale sur le climat. Dans le cadre de nos participations gouvernementales en Régions bruxelloise et wallonne, les ministres Ecolo de ces gouvernements proposeront sous peu des projets de décret relatifs au climat, qui engageront les Régions sur la voie de réductions substantielles d’émissions de gaz à effet de serre allant jusqu’à -80, voire -95% en 2050.
i-GR – Comment comptez-vous atteindre cet objectif ?
Ch. D. – Tout d’abord, d'une manière générale, nous prônons le maintien de la mobilisation citoyenne, qui a été un formidable vecteur de pression sur les chefs d’Etat pour aboutir à un accord. Cette pression doit continuer et s’amplifier, surtout dans les Etats réticents. La réduction des émissions doit se faire dans tous les secteurs. En Belgique, notre première priorité est de mettre en place une union nationale pour le climat. Notre deuxième priorité : valoriser l’énorme potentiel en matière d’efficacité énergétique et d’économie d’énergie. La mise en place des alliances emploi-environnement en Régions bruxelloise et wallonne concrétise cette ambition. Troisième priorité : la maximisation des énergies vertes. Ecolo a déjà pris une série de mesures en vue d’assurer une promotion et un cadre stable pour le développement des énergies renouvelables, telle la réforme du mécanisme des certificats verts. Notre quatrième priorité : améliorer l’accessibilité aux mécanismes d’investissement. Ecolo préconise la généralisation du système de tiers-investisseur, et, pour les ménages, d’un Partenariat public ménages (PPM), dont la réforme des primes à l’énergie en a posé les premiers jalons. Enfin, sur le plan européen, Ecolo propose d’élargir les secteurs soumis aux quotas d’émissions de CO2, en commençant par les transports aérien et maritime. Il propose la création d’une Agence de l’Energie et du Climat au sein de l’ONU, dont la mission serait d’aider les pays et les sociétés dans leur transition vers une ère post-énergie fossile et uranium ainsi que dans leur maîtrise des émissions de gaz à effet de serre.
« Ecolo ne cesse de remporter des succès électoraux grandissants aussi bien à Bruxelles qu’en Région wallonne ; il est actuellement le troisième parti francophone. »
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i-GR – Fils d’immigrés grecs, vous êtes, aujourd’hui, à 42 ans, secrétaire d’Etat au Logement et au Siamu du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale et ministre-président du Gouvernement francophone bruxellois en charge de l’Enseignement, du Budget et du Tourisme. Un sacré parcours !
Ch. D. – Ma passion pour la chose publique remonte à l’enfance. Déjà à l’école primaire, je m’intéressais à l’actualité, contrairement à la plupart de mes camarades. Pendant un temps, j'ai hésité entre le journalisme et la politique. D'une part, je voulais décortiquer le fonctionnement des choses, comprendre comment elles s'enchevêtrent pour faire tourner le monde, et, d'autre part, je voulais aussi influer sur leur cours, transmettre des idées et œuvrer pour une société plus juste, plus progressiste et plus humaine. A 12 ans, j’avais donc décidé que quand je serai grand, je serai député !
i-GR – Vous adhérez, donc, en 1988, à 20 ans, au parti Ecolo…
Ch. D. – Mon adhésion au Parti écologiste belge, je la dois à mon professeur de géographie et conseiller communal écolo, André Drouart. Un pédagogue hors pair, de ceux dont on se souvient avec une affectueuse déférence après la scolarité. Il nous a fait le plus beau cadeau qu'un enseignant puisse faire à ses élèves : nous donner le sentiment que tout est possible, quel que soit notre milieu d'origine ou notre milieu social. Des longues et enrichissantes discussions que nous avions en dehors des cours, j'ai également retenu qu'il fallait croire en soi pour pouvoir envisager l'avenir avec sérénité et parvenir à le modeler en fonction de sa passion et de ses capacités. Son influence a été décisive sur mes choix, et, je suis heureux d'avoir pu lui dire, vingt ans après, combien j'avais apprécié son enseignement.
i-GR – Concrètement, qu'est-ce qui vous a attiré dans ce parti ?
Ch. D. – Tout d'abord, ses valeurs, dites « de gauche », généreuses, liées à la solidarité et aux droits politiques. Ensuite, sa remarquable intuition, la plus fondamentale, à mon sens, de ces trois dernières décennies : considérer que l'être humain dépend, certes, de l'économique et du social, mais aussi de l'environnement. L'ignorer ne peut mener qu’à des politiques totalement déséquilibrées et dangereuses. Cette nouvelle approche, l'écologie politique, n'oppose plus des groupes ou des camps, mais rassemble et transcende toutes les idéologies – que je respecte, par ailleurs, pourvu qu'elles soient démocratiques. Enfin, la défense du droit de vote pour les immigrés. Ecolo, créé en 1980, était le seul parti démocratique belge à défendre, en tant que parti dans son entité, le droit de vote pour les citoyens étrangers résidant en Belgique depuis de nombreuses années. Une démarche courageuse, car, à l'époque, elle était loin d'être populaire.
i-GR – Mais, aujourd’hui, ses conceptions avant-gardistes s’imposent de plus en plus.
Ch. D. – Ecolo ne cesse de remporter des succès électoraux grandissants aussi bien à Bruxelles qu’en Région wallonne ; il est actuellement le troisième parti francophone. A Bruxelles, lors des élections régionales de juin 2009, il a plus que doublé ses suffrages de 2004, passant de 8,35 à 17,94%. Aux précédentes élections législatives de juin 2007, il avait déjà doublé sa représentation au Parlement, obtenant huit sièges à la Chambre des représentants et deux au Sénat. De même, aux dernières élections européennes, Ecolo a réalisé 8,55%, contre 3,69, cinq ans auparavant. Tous ces résultats correspondent à une sensibilisation de plus en plus croissante du public pour le triptyque interactif – social, économique et environnemental – du développement durable, tant au niveau belge qu'au niveau européen.
i-GR – Comment expliquez-vous cet engouement ?
Ch. D. – Sans doute parce que notre parti ne se contente pas de dénoncer ce qui ne va pas, ou de se limiter à faire de l'environnementalisme, qui n'est qu'un pan de l'écologie, il jette surtout des ponts entre les différents enjeux, l'éducation, le social, l'économique, l'environnement, etc. afin d’avoir une vision la plus globale possible, et, démarche extrêmement importante, il affronte toujours le débat public en présentant des propositions axées sur des solutions.
Christos Doulkeridis
en 12 dates
1988 : entrée au parti Ecolo.
1991 : secrétaire de la locale d’Ecolo-Anderlecht (Bruxelles).
1992-1996 : secrétaire politique de la régionale Ecolo-Bruxelles.
1991-1994 : secrétaire parlementaire du député André Drouart et du sénateur Jacques Liesenborghs.
1996-1999 : assistant politique du secrétariat fédéral et coordinateur du programme Ecolo.
Juin 1999-septembre 2001 : député et vice-président du Parlement de la Communauté française.
Octobre 2000-septembre 2002 : chef de groupe Cocof (Commission communautaire française).
Septembre 2002-juin 2004 : chef de groupe au Parlement bruxellois.
Juin 1999-juin 2004 : député bruxellois.
Juillet 2004-juin 2009 : président du Parlement francophone bruxellois ; député au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale ; président de la Commission du Budget, de l’Administration, des Relations internationales et des Compétences résiduaires ; président de la Commission de Coopération avec d’autres parlements.
Juillet 2009 : négociateur de son parti en vue de la formation du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.
Depuis juillet 2009 : secrétaire d'Etat au Logement et au Siamu (Service d’incendie et d’aide médicale urgente) de la Région de Bruxelles-Capitale ; ministre-président du gouvernement francophone bruxellois (Cocof) en charge de l'Enseignement, du Budget et du Tourisme.
i-GR – Par exemple…
Ch. D. – Ces cinq dernières années, en tant que responsables de l'Energie et de l'Environnement, nous avons mis en place, en Région bruxelloise, un système de primes à la rénovation et à l'embellissement pour inciter les particuliers, les entreprises et les administrations publiques à réaliser des travaux qui vont dans le sens du développement durable et de la performance énergétique des bâtiments. Ce système de primes a rencontré un grand succès et a changé la donne. Quand on parle aujourd'hui de construction ou de logement en Région bruxelloise, on n’en parle plus du tout de la même façon, et ce, grâce au travail structurel que nous avons réalisé.
i-GR – Qu’est-ce qui a changé ?
Ch. D. – Il y a cinq ans, la politique énergétique n'était pas un enjeu politique. Depuis, les budgets ont été multipliés par douze. Aujourd'hui, il n'y a pas un seul acteur qui ne s'inscrive dans une démarche en faveur des économies d'eau et d'énergie, d’autant que Bruxelles possède l’une des consommations énergétiques les plus élevées du Vieux Continent. Outre les primes allouées, nous avons fait un travail de formation auprès d’architectes, d'auteurs de projets, dans les administrations ou au sein de sociétés privées. En décembre dernier, j’ai clôturé les travaux d'un séminaire, organisé par mon administration. La thématique en était précisément la performance énergétique et le logement social. Nous avons effectué un travail de fond auprès de tous les interlocuteurs, à toutes les étapes, afin que ce projet, qui associe politique et administration, soit une totale réussite. Notre action commence à porter ses fruits et ma nomination au poste de secrétaire d'Etat au Logement nous permet de redoubler d’efforts pour que Bruxelles soit, dans le domaine du logement aussi, à la pointe du développement durable.
« Développer une politique culturelle, qui montre aux 500 millions d'Européens que Bruxelles est leur deuxième capitale. »
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i-GR – Elle est d’ores et déjà l’une des villes les plus vertes d’Europe.
Ch. D. – En effet, la capitale belge s’est distinguée en se classant dans le « top 10 » du « European Green City Index », une étude de l'Unité centrale de recherche du groupe électronique allemand Siemens, publiée en décembre dernier, lors du sommet de Copenhague. Cet index a évalué trente villes européennes selon huit catégories : les émissions de CO2, l’énergie, les bâtiments, les transports, l’eau, la qualité de l’air, le traitement des déchets et l’utilisation des sols, et, enfin, la politique environnementale. Copenhague arrive en tête, suivie de Stockholm et d'Oslo. Bruxelles occupe la neuvième place, devant Paris. Athènes est vingt-deuxième. En matière de politique environnementale, Bruxelles partage même la première place du classement avec les pays scandinaves.
i-GR – Vous œuvrez également pour que Bruxelles devienne dans le cœur des Européens leur seconde capitale…
Ch. D. – En fait, elle l’est. Pour en parler, je revêts ma casquette de responsable du Tourisme. Bruxelles est bien plus connue que la Belgique, dans le monde entier. Elle l’est en tant que capitale de l'Europe. Mais son image est très institutionnelle. Il faut donc lui insuffler une dimension humaine : en améliorant notamment l’accueil afin de la rendre encore plus agréable et plus chaleureuse ; en développant une politique culturelle, qui montre aux 500 millions d'Européens que Bruxelles est leur deuxième capitale ; en leur donnant l’envie de la visiter au moins une fois, et, enfin, en cultivant l’idée de la citoyenneté européenne. Dans cet esprit, d’ailleurs, nous allons réaliser, en juin prochain, un parcours de visites et d'explications des institutions européennes et internationales. Et puis, Bruxelles ne se limite pas à la zone européenne, il faut la vivre de façon plus intime, fréquenter ses différents coins come les Marolles où l’on parle toujours le brusseleer, les abords de son canal, les différents quartiers, grecs, portugais, polonais, etc. Bruxelles est une ville multiculturelle. Peut-être qu’un jour, elle sera aussi interculturelle. Je voudrais également créer une bibliothèque européenne et un musée de l'Europe, où le visiteur pourra revoir sa propre histoire et y découvrir des liens qui unissent les uns et les autres.
i-GR – Votre vision passe nécessairement par l'éducation. En tant que Ministre-Président chargé notamment de l'Enseignement, quelle en est votre approche ?
Ch. D. – La Belgique étant un Etat fédéral très complexe, je suis chargé des établissements dispensant un enseignement qualifiant c'est-à-dire technique et professionnel sur le territoire de la Région bruxelloise, qui compte un million d'habitants. Dans les écoles d'horticulture et d'hôtellerie, par exemple, nous introduisons des éléments de développement durable, comme la recherche qualitative de l'alimentation. Un enjeu crucial pour les années qui viennent. Le citoyen s’en préoccupe de plus en plus. Nous devons donc sensibiliser, dès le départ, les jeunes qui fréquentent ces écoles, et, qui travailleront dans des restaurants étoilés, des collectivités ou des hôtels, à la qualité des matières premières et à leur circuit, nous devons leur inculquer la connaissance des produits qu'ils utilisent et pas seulement des techniques culinaires. Je souhaite faire de l'Ecole d'Hôtellerie de Bruxelles la première Ecole d'Hôtellerie Slow Food d’Europe.
i-GR – Comment comptez-vous y parvenir ?
Ch. D. – Pour imposer ce mouvement né, en Italie, à la fin des années 80, et faire face à l'omniprésence de la culture Fast Food, il ne suffit pas de s'opposer à cette dernière. Encore faut-il entrer dans une démarche de promotion d'une cuisine ou de produits de qualité sur base de trois mots clés : bon, juste et propre. Bon signifie mettre l'accent sur le goût. Une tomate, par exemple, n'est pas cet objet rond et rouge, standardisé et sans saveur, vendu en grandes surfaces ou dans les épiceries. Elle peut aussi être verte, rose, noire, jaune, orange, et de formes diverses. L’esthétique n’est pas tout. D'autres facteurs sont à prendre en considération : la valeur nutritive, le mode de production, la période de récolte, etc. Ce qui m'amène au deuxième critère : juste. Il concerne le travail de l'agriculteur. Si l'on veut qu'il soit bien fait, il doit être rémunéré à sa juste valeur. Le Slow Food s’inscrit aussi dans une réflexion éthique, en prônant notamment l'équité par rapport aux différents intermédiaires dans le processus de production et de distribution d’un produit, qu'il soit de base ou transformé. Or notre seule préoccupation, actuellement, est d’acheter à moindre coût. La nourriture, pourtant, élément vital de notre vie, doit occuper une place privilégiée dans notre budget. Contrairement à une idée largement répandue, nous dépensons beaucoup moins pour l’alimentation qu’il y a trente ans. Enfin, troisième point fondamental : propre. Il complète les deux précédents et exprime notre inquiétude face à l'utilisation effrénée des engrais, des pesticides ou autres substances chimiques sur des produits cultivés n'importe quand et n'importe comment, certains, sans terre, hors de leur milieu naturel, comme les tomates précisément. Les effets sont fatalement nocifs sur notre santé et notre environnement. La culture biologique, partie intégrante du Slow Food, est une solution. Elle recommande le respect du vivant, des cycles et des équilibres naturels, tout en ayant recours à des pratiques de productions innovantes. Et, élément non négligeable, par les temps qui courent, elle stimule l'économie locale, en favorisant les produits de nos contrées et leur vente en circuit court.
i-GR – Mais les produits traditionnels de nos régions proviennent de plus en plus de Chine, d'Amérique latine ou des Etats-Unis.
Ch. D. – A côté d’un travail éducatif de longue haleine auprès des jeunes et des adultes, nous menons également des actions de sensibilisation. Les résultats sont extrêmement positifs. Un nombre sans cesse croissant de citoyens se tourne vers les produits de qualité et vers la production locale. On assiste à un retour des collectivités et des coopératives, mais sous une forme nouvelle et dans des champs nouveaux. Inspirés des AMAP françaises (Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne) et des GAS italiens (Gruppi di Acquisto Solidali), une quinzaine de Groupes d'Achat Solidaires se sont créés, ces cinq dernières années, à Bruxelles. Malheureusement, actuellement, la concurrence économique est telle que les fruits et légumes qui proviennent d'Afrique, d'Amérique du Sud ou d'Asie sont beaucoup moins chers que ceux cultivés à quelques dizaines de kilomètres de chez nous. Une logique paradoxale. On peut la combattre en accordant notamment des incitants c’est-à-dire des incitations financières à nos producteurs locaux, qui font la démarche de nous proposer une alimentation durable.
i-GR – Sans Organismes Génétiquement Modifiés.
Ch. D. – Dès les premières autorisations de cultures OGM en Europe dans les années 90, Ecolo a défendu une application stricte du principe de précaution face aux risques pour l’environnement et la biodiversité que représente la dissémination incontrôlée de ces organismes. Le consommateur leur a, par ailleurs, toujours majoritairement manifesté son opposition. La dissémination dans l’environnement doit être impérativement évitée, le principe de précaution, respecté, et, le libre choix des consommateurs et des producteurs non OGM, garanti.
i-GR – Par quels moyens ?
Ch. D. – Ecolo propose de renforcer l’indépendance des procédures d’évaluation et d’autorisation et rendre le pouvoir de décision au pouvoir démocratique. Les écologistes souhaitent également instaurer au niveau européen l’étiquetage des produits issus d’animaux nourris aux OGM. Depuis 2004, les industries alimentaires doivent mentionner sur l'emballage si leurs produits sont fabriqués avec des OGM, mais cette réglementation européenne ne s'applique qu’aux ingrédients, additifs et arômes destinés directement à l'alimentation humaine ou animale ; les OGM continuent donc à s’introduire dans la chaîne alimentaire par une porte dérobée, via les produits animaux (volaille, bétail, porcs, poissons d’élevage…) nourris aux OGM. Pour Ecolo, il est indispensable de garantir l'existence de filières animales non contaminées ainsi que la parfaite information des consommateurs européens qui ont le droit de savoir si le lait, les œufs ou la viande entre autres proviennent d’animaux nourris aux OGM.
i-GR – Pourquoi cette méfiance vis-à-vis de la biotechnologie ?
Ch. D. – A l’heure actuelle et nonobstant le développement du cadre législatif depuis quelques années (étiquetage, procédures d’agrément…), il n’existe toujours aucune garantie quant à l’absence d’impact des OGM autorisés dans l’agriculture et l’alimentation sur notre environnement et notre santé. Leur intérêt économique et social est de surcroît de plus en plus contesté. Leur développement, source d’importants profits financiers, renforce la dépendance des agriculteurs et des Etats vis-à-vis des multinationales de l’agro-alimentaire. En outre, si ces dernières en tirent profit, les coûts de gestion des risques et de protection des filières induits par les OGM restent, en grande partie, à charge de la collectivité et des producteurs non OGM.
« Parler ma langue maternelle me procure une sensation extraordinaire. »
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i-GR – Des questions qui requièrent une mobilisation européenne. Quels sont vos rapports avec les différents partis verts ?
Ch. D. – Les échanges ne cessent de s’intensifier. Il est crucial de voir ce qui se fait dans les autres pays et confronter nos points de vue pour progresser. Le Parti écologiste a été le premier à voir le jour à l'échelle européenne. De par mes origines, j'ai des relations privilégiées avec les Verts grecs, les Oikologoi Prasinoi, parti créé en décembre 2002. Durant la dernière campagne européenne, j'ai collaboré avec eux, et, salué avec enthousiasme l’élection de leur premier député européen, Michalis Tremopoulos.
i-GR – Un député au Parlement européen, aucun à la Vouli. Comment expliquez-vous le peu d’intérêt des Grecs pour l’écologie dans un pays qui, chaque année, est ravagé par les incendies de forêts ?
Ch. D. – Les incendies de forêts sont, en effet, un problème récurrent. L’été 2007, je me suis rendu sur place, j’étais député à l’époque, pour voir si l’on pouvait aider d’une manière ou d’une autre. Ce que j’ai vu m’a terriblement choqué. La Grèce est un pays qui ne fonctionne pas comme un Etat normal dans différents domaines : en matière de planification, d'urbanisme, de protection de l'environnement, de sécurité juridique. Même l’administration s’avère incapable de faire respecter les lois. Il en est ainsi des incendies de forêts, suivis inévitablement des risques d’éboulements. Une situation aggravée, par l’absence de cadastre, de permis de construire, par la prolifération des constructions sauvages et, par le manque de sécurité environnementale concernant notamment la qualité de l'eau, là où des entreprises polluent, depuis des décennies, au vu et au su de tous, y compris des pouvoirs publics, et qui continuent à le faire en payant des amendes d’un montant dérisoire, l'Etat étant totalement impuissant, inapte à contrecarrer les méfaits de ces sociétés et à obtenir une quelconque réparation de la part des pollueurs responsables. Une différence colossale entre les pays occidentaux et des pays comme la Grèce, qui sont à des années-lumière en matière de respect de l’environnement. Alors, quand les Grecs me taquinaient en disant : « Mais qu'est-ce que c'est que ce pays qui reste quinze mois sans gouvernement ? », en parlant de la Belgique, je leur rétorquais que je préférais un pays où il n'y avait pas de gouvernement pendant quinze mois, mais où l'Etat fonctionnait, plutôt qu'un pays où il y avait un gouvernement, mais où l'Etat ne fonctionnait pas !
i-GR – Comment la Grèce peut-elle s’inscrire dans le changement ?
Ch. D. – J’ai longuement discuté avec les Ecologistes grecs. Je me suis un peu plus exprimé quand j'étais député. Maintenant, c'est plus délicat, je ne voudrais pas m’immiscer dans les affaires d'un autre Etat. Je pense toutefois que les Verts grecs ont pris conscience que les administrations doivent être indépendantes du pouvoir politique, qu’elles aient pleine autorité sur les entreprises privées, que la distinction entre intérêt public et intérêt privé soit claire et nette. C’est le b.a.-ba de la démocratie et du bon fonctionnement de l'Etat. Ils ont également compris que ce dernier ne doit pas être entre les mains de partis politiques, eux-mêmes à la solde d’intérêts privés. Quel que soit le parti au gouvernement, ces dernières années, en tout cas, aucun n’accepte ni la dépolitisation des administrations ni la suppression des politiques clientélistes.
i-GR – La timide percée des Verts, donc, c’est bon signe…
Ch. D. – L’entrée des Verts grecs au Parlement européen est pleine de promesses, car la seule et unique chose qui fait changer les autres partis, – et, je parle d’expérience – c'est la pression politique. Aucun autre argument ne les touche. En Belgique, nous avons réalisé un certain nombre de réformes, grâce au poids des écologistes, soutenus par les citoyens. Sans cela, pas un changement n’aurait vu le jour. Il ne faut pas idéaliser non plus, la Belgique aussi a connu de grosses affaires scandaleuses. Mais, grâce à cette pression, on a révolutionné la pratique politique, en matière de règles de cumul, de transparence, ou d'organisation de l'Etat, et, finalement, tout le monde se porte beaucoup mieux. Attention, je ne suis pas en train de dire que tout est magnifique, en Belgique, et, infâme, en Grèce. Loin de moi, cette idée !
i-GR – Quelles sont vos relations, aujourd'hui, avec la Grèce ?
Ch. D. – Excellentes ! J'aime énormément mon pays d'origine. J'essaie d'y aller le plus souvent possible. J’aime ses gens, cette foi et cet amour qu’ils portent à leur pays. J’aime leur façon de s’exprimer. Parler ma langue maternelle me procure une sensation extraordinaire. C’est un atout précieux de pouvoir communiquer directement avec d'autres publics. Mes relations avec les Grecs auraient été autres si j’avais dû m’adresser à eux en anglais.
i-GR – Dans quelles circonstances vos parents ont-ils immigré en Belgique ?
Ch. D. – Mon père est originaire d’Edessa, une petite ville du Nord, située à 90 kms de Thessalonique. Il est arrivé, en Belgique, en 1962, avec l'immigration de travail, dans le cadre de l’accord bilatéral signé en 1957, après le refus de l’Italie de continuer à pourvoir la Belgique en main-d’œuvre à la suite de l’accident, au Bois du Cazier, à Marcinelle, près de Charleroi, qui fit 262 morts dont 136 Italiens. Ma mère est arrivée de l’île de Rhodes quelques années plus tard. Elle était assez jeune, elle est venue rendre visite à son frère, ouvrier, à Bruxelles. Elle pensait y rester quinze jours. Elle y est restée toute une vie. Finalement, mes parents se sont retirés, en 1997, à Rhodes pour passer leurs vieux jours. J'ai beaucoup d'admiration pour eux. Quand on me dit : « Votre parcours est extraordinaire, vous êtes député, ministre-président du Parlement, à votre âge, et, qui plus est, vous êtes fils d’immigrés. », je suis content de l’entendre, mais je suis plus fier du parcours de mes parents qui sont arrivés, en Belgique, sans connaître un mot de français ou de néerlandais. Ils ont réussi à y vivre, loin des leurs, dans un climat, parfois hostile, et, à élever leurs enfants dans les meilleures conditions possibles. Là est l’authentique exploit.
i-GR – Vos parents ont fait mille et un métiers…
Ch. D. – Mon père a d’abord travaillé dans les mines du Limbourg, en Flandre. A cause d’un stupide accident de la route, il a dû arrêter, il a alors trouvé un travail dans la construction, puis, il est devenu taximan. Ma mère a commencé à travailler dans une usine de caoutchouc. Ensuite, elle a été couturière. Ensemble, ils ont ouvert une épicerie, puis, ils ont vendu sur les marchés, dans un premier temps, des fruits et légumes classiques. Mais, rapidement, ils se sont ralliés à mon idée : y vendre des produits grecs. Ainsi ma mère n’arrêtait pas de cuisiner des feuilles de vigne, de la moussaka, du tarama, du dzadziki, des calamars frits, etc. Elle travaillait non-stop. Mon frère et moi, nous l’aidions quand nous rentrions de l’école, le week-end et pendant les vacances. Nous n'avons jamais vu nos parents aller au cinéma, au restaurant, ou simplement se promener dans la nature. Nous avons dû apprendre sur le tard à pratiquer des loisirs.
i-GR – Vous-même, vous êtes un travailleur impénitent…
Ch. D. – J’ai hérité de cette culture du travail. Dès mes premiers contacts avec le monde professionnel, à 12 ans, je n’ai cessé de travailler. Quinze jours après avoir abandonné mes études, une première année en Sciences économiques, sociales et politiques, une seconde en Droit, – où je me suis retrouvé dans un monde qui me mettait mal à l’aise, moi, qui avais grandi avec des enfants originaires du Maroc, de la Turquie, de l’ex-Yougoslavie, de l'Espagne –, j’ai eu la chance de remplacer la secrétaire parlementaire d’un député Ecolo durant les trois mois de son congé de maternité. Dans la foulée, j’ai été engagé à mi-temps auprès d’un autre parlementaire Ecolo. Depuis, j’évolue dans ce monde, mon milieu de prédilection, et, même si je n’ai pas de diplôme, je me considère comme privilégié parce que je fais ce que j’aime.
« Je suis agréablement impressionné que les gens dans la rue m’appellent par mon nom, sans l’écorcher. »
SOMMAIRE
i-GR – Comment vos parents ont-ils réagi quand vous avez opté pour la nationalité belge ?
Ch. D. – Très bien, d'autant que je ne perdais pas la nationalité grecque. Peut-être en aurait-il été autrement dans le cas contraire. J'ai les deux nationalités, ce qui correspond, en définitive, assez bien à ce que je suis. Toutefois, je n'exerce jamais mes droits politiques en Grèce. Je ne les exerce qu'en Belgique, où je vis. J’ai décidé de prendre la nationalité belge à 20 ans parce que le fait de ne pas l’avoir automatiquement, à partir du moment où j'étais né en Belgique, que j’y vivais et que j'allais sans doute y mourir, me perturbait.
i-GR – Vous êtes Belge d’origine étrangère, membre de l’un des gouvernements de Belgique…
Ch. D. – Accéder aux plus hautes fonctions politiques pour un Belge d'origine européenne n’est déjà pas facile. Cela l’est encore moins pour ceux d'origine maghrébine, bien que le nombre d’élus communaux, c’est-à-dire municipaux, d'origine marocaine ou turque, qui constituent les deux plus grosses communautés à Bruxelles soit en nette augmentation. Lors des dernières élections, cette tendance s’est également vérifiée en Wallonie et en Flandre, où nombre d’entre eux occupent également des postes d’échevins c’est-à-dire d’adjoints au maire. La difficulté pour les non-Européens réside dans les deux sens pour deux raisons. La première parce qu’étant issus d’une communauté importante, ils en sont prisonniers, ce qui, à mon avis, est négatif. Deuxièmement, parfois ils sont stigmatisés justement pour cette première raison, mais il ne faut pas généralisé. La plus belle exception en est la ministre de la Culture de la Communauté française de Belgique, Fadila LAANAN, d'origine marocaine. Quasiment personne ne la voit plus comme une femme d'origine étrangère. De même, personne ne me considère comme quelqu'un d'origine grecque. Je suis d’ailleurs agréablement impressionné que les gens dans la rue m’appellent par mon nom, sans l’écorcher. Ils me voient comme leur représentant. Certes, si je suis caricaturé dans une émission, le dessinateur cédera à la tentation de m’affubler d'une foustanelle et de petits pompons, comme un evzone, mais c’est charmant et de bon ton. Il n'y a pas de stigmatisation. Les Grecs, en Belgique, ne sont que 35.000. Ce chiffre englobe ceux qui ont la nationalité, ceux qui sont d'origine, et les fonctionnaires des organismes internationaux. Les trois Communautés helléniques les plus importantes sont celles de Bruxelles et ses environs, du Grand Charleroi et du Limbourg avec respectivement quelque 18.000, 6.000 et 3.000 Grecs.
i-GR – En tant que député, vous étiez vice-président de la PaDEE. En quoi consiste cette Union mondiale interparlementaire hellénique ?
Ch. D. – La PaDEE est une ASBL, une association sans but lucratif, l’équivalent d’une association loi de 1901, qui rassemble, tous les deux ans, des députés d'origine grecque du monde entier pour échanger points de vue, expériences, idées sur des enjeux nationaux comme par exemple la politique de l'eau ou de l'enseignement. Parfois, la Grèce ne joue pas le jeu et les discussions dévient sur sa politique internationale. Alors, le brainstorming perd tout intérêt. La seule politique internationale que je défends est celle du pays qui m'a élu. Une fois nommé ministre, je n’ai plus souhaité être membre du Comité exécutif, car cela me semble incompatible avec mes fonctions politiques.
i-GR – Vous avez reçu le prix Condorcet Aron, décerné par le CREP, Centre de Recherche et d’Etudes politiques, pour une action de rassemblement…
Ch. D. – … qui ne méritait pas vraiment un prix, mais c'est représentatif du profond malaise qui règne en Belgique. Le dossier communautaire avec ses tensions entre les Communautés flamande et francophone en constitue le point faible, le talon d'Achille. On en est malheureusement arrivé à récompenser des actes symboliques : le fait d’avoir initié, en 2004, à peine devenu président du Parlement francophone bruxellois, des contacts avec mon homologue néerlandophone pour développer des actions communes, une démarche à contre-courant des pratiques de mes prédécesseurs. Néanmoins, j'ai été très touché que mon approche d’ouverture et de recherche de solutions plutôt que d'exacerbation des problèmes ait été remarquée. Il y a toujours davantage de choses qui nous rassemblent que des choses qui nous divisent.
i-GR – Une chose qui unit ?
Ch. D. – La cuisine. Sur mon site (www.doulkeridis.be), j’ai mis la recette de la moussaka de ma mère, qui a dû en faire des milliers pour les vendre sur les marchés pendant des années. Y figurent également d’autres spécialités plus appétissantes les unes que les autres. J'aime beaucoup cuisiner. Je voudrais aussi écrire un livre sur l'histoire du mezé, thème passionnant, s’il en est, car il est connu de bien des peuples. Il fait partie de notre patrimoine commun. Les variétés et les techniques culinaires sont innombrables. Il n'est pas seulement grec, ou turc, ou encore libanais. On en retrouve la trace jusqu'en Roumanie et dans nos cuisines occidentales. Un livre qui serait aussi l’occasion de faire un périple gastronomique pour flatter les papilles et pour le plaisir de gourmandise.
Propos recueillis par
Cassandre Toscani
à Bruxelles