Grecs de Belgique
Christos Doulkeridis, le ministre Ecolo des Bruxellois
par Cassandre Toscani

Ecolo convaincu et passionné, homme de dialogue, à contre-courant du communautarisme, autodidacte et travailleur impénitent, Christos Doulkeridis a gravi un à un les échelons de la politique belge. Né à Bruxelles, en 1968, de parents immigrés grecs, il rêvait, à 12 ans, d’être député. Un rêve plus que réalisé : il est, depuis les dernières élections, secrétaire d’Etat de la Région de Bruxelles-Capitale et ministre-président du Gouvernement francophone bruxellois. A l’heure où la Grèce fête les « Apokries », qui marquent le début du jeûne orthodoxe, le réveil de la nature et l’annonce du printemps, tant célébrés dans nos chansons démotiques, c’est tout naturellement que nous avons parlé d’écologie, de produits du terroir, de saveurs et... de ses origines. Christos Doulkeridis nous a reçus à son cabinet, boulevard du Régent, à Bruxelles.
i-GR – Monsieur le Ministre-Président, grâce aux mouvements écologistes, la lutte contre le réchauffement climatique a fini par s'imposer au cœur du débat mondial. Mais le chemin est encore long au vu des résultats du sommet de Copenhague.
Ch. D. – La déception est à la hauteur des attentes. La pression pour aboutir à un bon accord était, pourtant, énorme, mais le climat général des négociations était mauvais. L’objectif était de quitter Copenhague avec un successeur plus ambitieux au protocole de Kyoto, c’est-à-dire un traité comportant des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, le financement des mesures d’atténuation et d’adaptation pour les pays les plus pauvres et les plus vulnérables, un caractère contraignant, et, enfin, un calendrier. Il n’en est rien. L’échec est donc grave non seulement vis-à-vis des opinions publiques, européennes et de nombreux pays en voie de développement, mais aussi par rapport aux résultats de Kyoto et à la rapide dégradation de la situation climatique. Par ailleurs, ce sommet était également celui de la redéfinition du leadership mondial. Les Etats-Unis et la Chine, dont l'implication est en deçà de nos ambitions, ne pouvaient repartir les mains vides. Ils ont donc tracé les grandes lignes de l’accord avec le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Inde. L’Union européenne ne faisait pas partie de ce cercle de cinq pays qui agissent un peu comme les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies ; elle a été contrainte d’y adhérer, sans avoir été vraiment concertée.
i-GR – L’après-Copenhague devra s’accommoder d’un accord plutôt brumeux.
Ch. D. – Les pays ayant « porté l’accord » représentent 80% des émissions globales de CO2. Les réductions annoncées par les pays industrialisés tournent autour de 15% par rapport à 1990. On est loin des 25-40% d’ici à 2020, recommandés par le GIEC, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, avec une réduction d’au moins 50% d’ici à 2050, ce qui signifie, en réalité, une réduction de 90% pour les pays industrialisés. Rien n’est indiqué sur le montant des réductions pour y parvenir. Il est d’ailleurs regrettable que les chiffres du quatrième rapport de cet organisme, publié en novembre 2007, ne soient pas en annexe de l’accord. Y figure bien l’objectif de stabilisation de l’augmentation de température moyenne mondiale sous les 2°C, mais est-ce une hausse en fonction des températures préindustrielles ou de la température actuelle ? Quoi qu'il en soit, le GIEC prédit l'apparition de phénomènes graves et irréversibles en cas de dépassement de ces 2°C. De même, est également absent de l’accord tout objectif chiffré pour la diminution de la déforestation, pourtant, responsable du quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les émissions liées aux transports internationaux aériens et maritimes ne sont pas non plus évoquées. Enfin, ce texte n’est pas contraignant d’un point de vue juridique. Dans l’ensemble, il apporte la confusion. Néanmoins, tous les pays ont réitéré leur volonté de lutter contre le réchauffement climatique.
i-GR – Les climatologues, cependant, ne sont pas d'accord entre eux. Certains affirment que les données sont manipulées pour les rendre plus alarmistes, sans compter la polémique sur les chiffres fournis par le rapport 2007 du GIEC. Qu'en pensez-vous ?
Ch. D. – Un scientifique doit avant tout douter. Il est donc légitime que l’ensemble de cette communauté s’interroge avant de prendre une décision. Les polémiques actuelles – qui ne concernent au demeurant que quelques courts passages de documents, par ailleurs, extrêmement fouillés – surgissent près de trois ans après la publication des rapports, au moment où les décisions politiques se mettent en place. N’est-il pas troublant de les voir surgir peu de temps après les déclarations de l’Agence internationale de l’Energie (AIE) sur la perte de revenus, liés à des actions en faveur du climat, pour les pays exportateurs de pétrole ? De même, l’AIE reconnaît depuis peu l’existence d’un pic de production de l’or noir : les pays producteurs se positionnent parfois comme des pays pauvres, en disant : « On ne pourra plus vendre notre pétrole, aidez-nous à changer nos économies. » Pour en revenir au GIEC, je constate que ce dernier – qui recense l’ensemble des publications confirmant ou infirmant la thèse du réchauffement – publie des rapports qui montrent une forte probabilité, plus de 90%, que le réchauffement de la planète soit dû à l’influence de l’activité humaine. En outre, le GIEC rédige à l’intention des décideurs de super résumés, discutés et adoptés par des représentants de chacun des pays membres des Nations Unies. Je pense, enfin, que la situation réclame une réponse rapide. Attendre davantage de conséquences désastreuses pour convaincre quelques sceptiques me paraît une issue très risquée et incompatible avec le principe de précaution.
i-GR – Depuis la Conférence de Stockholm, en 1972, jusqu'au Sommet de Copenhague de décembre 2009 en passant par le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, y a-t-il eu une évolution dans la perception de l'écologie ?
Ch. D. – La Conférence de Stockholm a donné naissance au Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Le Sommet de la Terre de Rio a consacré la mise en place de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique. La Conférence de Copenhague a entériné le réchauffement de la planète. Force est de constater que – même si, à nos yeux, on avance à pas de tortue – l’écologie fait désormais partie des grands débats internationaux. Copenhague en est une belle illustration : la majorité des Etats y ont répondu présents, et, si l’accord obtenu a pris une telle ampleur, c’est précisément parce que les chefs d’Etat qui l’ont négocié ont pris toute la mesure des conséquences sous-jacentes à la lutte contre le réchauffement climatique. Si, par le passé, il était plus aisé d’obtenir des accords globaux, ceux-ci étaient limités, superficiels, et faisaient fi du cœur du problème : l’interconnexion de la thématique environnementale, des modèles économiques et des systèmes politiques.
i-GR – Et, pour votre parti, le dérèglement climatique est-il une priorité ?
Ch. D. – Cela va de soi. Le premier chapitre du premier livre de notre programme pour les élections de 2009 était consacré à l'« Energie/Climat : la voie verte pour réussir la révolution énergétique ». Nous avons déposé de nombreuses propositions en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Au niveau fédéral, où nous sommes dans l’opposition, nous avons déposé, en juillet 2008, une proposition de loi spéciale sur le climat. Dans le cadre de nos participations gouvernementales en Régions bruxelloise et wallonne, les ministres Ecolo de ces gouvernements proposeront sous peu des projets de décret relatifs au climat, qui engageront les Régions sur la voie de réductions substantielles d’émissions de gaz à effet de serre allant jusqu’à -80, voire -95% en 2050.
i-GR – Comment comptez-vous atteindre cet objectif ?
Ch. D. – Tout d’abord, d'une manière générale, nous prônons le maintien de la mobilisation citoyenne, qui a été un formidable vecteur de pression sur les chefs d’Etat pour aboutir à un accord. Cette pression doit continuer et s’amplifier, surtout dans les Etats réticents. La réduction des émissions doit se faire dans tous les secteurs. En Belgique, notre première priorité est de mettre en place une union nationale pour le climat. Notre deuxième priorité : valoriser l’énorme potentiel en matière d’efficacité énergétique et d’économie d’énergie. La mise en place des alliances emploi-environnement en Régions bruxelloise et wallonne concrétise cette ambition. Troisième priorité : la maximisation des énergies vertes. Ecolo a déjà pris une série de mesures en vue d’assurer une promotion et un cadre stable pour le développement des énergies renouvelables, telle la réforme du mécanisme des certificats verts. Notre quatrième priorité : améliorer l’accessibilité aux mécanismes d’investissement. Ecolo préconise la généralisation du système de tiers-investisseur, et, pour les ménages, d’un Partenariat public ménages (PPM), dont la réforme des primes à l’énergie en a posé les premiers jalons. Enfin, sur le plan européen, Ecolo propose d’élargir les secteurs soumis aux quotas d’émissions de CO2, en commençant par les transports aérien et maritime. Il propose la création d’une Agence de l’Energie et du Climat au sein de l’ONU, dont la mission serait d’aider les pays et les sociétés dans leur transition vers une ère post-énergie fossile et uranium ainsi que dans leur maîtrise des émissions de gaz à effet de serre.
Votre Grèce
Top 5 in Communautés
Dans la Boutique
Dans le forum Bouger
- Cherche à contacter des Français en Grèce ou Grecs parlant français par GougouParis
- Je ferais tous pour vivre en Grec, TOUS !!! par Beddou
- nouveau site tennis par xalandri
- s installer en grece par ousmane
- je voudrai etudier en grece par mehdi




L'emploi des français en Grèce
Le marché du travail temporaire en Grèce
