iNFO-GRECE

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L'actualité de la Grèce et de Chypre

Andrew Athens
Président mondial du Conseil des Grecs de l'Etranger


M. Athens et Mme Tengelidou

Un leader communautaire

Comme beaucoup d'immigrés, Athanassios Aristeidou Thanassoulas doit son nom actuel à l'inspiration du greffier de l'Etat-civil des Etats-Unis qui cherchait un équivalent du nom des étrangers facile à prononcer pour les américains, et ce fut Andrew Athens. "J'ai reçu beaucoup de prix et des distinctions tout au long de ma carrière, mais cette fois je suis particulièrement ému puisqu'il s'agit du premier honneur qui m'est accordée par les Grecs de l'Union Européenne", c'est ainsi que Andrew Athens a remercié la Présidente des Grecs de Bruxelles Jessica Müller-Tengelidou qui venait de le nommer membre honoraire de la Communauté Hellénique des Bruxelles (voir l'album photo de la cérémonie).


A. Athens entouré du CA de la
Communauté Hellénique de Bruxelles

Mme Müller-Tengelidou venait de présenter l'œuvre de celui qui "s'occupe de l'Omogeneia [des Grecs de l'Etranger] depuis plus de 40 ans", en soulignant l'implication personnelle de M. Athens, en tant que Président mondial du Conseil des Grecs de l'Etranger (SAE : Symvoulion Apodimou Ellinismou), dans l'œuvre humanitaire entreprise auprès des communautés grecques des l'ancien block soviétique des pays de l'Est. Comme l'a fait remarquer l'Ambassadeur de Grèce en Belgique Ioannis Kambolis, "M. Athens est non seulement un leader communautaire, mais aussi un combattant de l'Hellénisme et de l'Orthodoxie".


Le Ministre des Affaires économiques de la Belgique et bourgmestre de la commune de St Gilles, M. Charles Pique

Pour sa part, le bourgmestre de la Commune de Saint-Gilles à Bruxelles et ministre des Affaires économiques Charles Pique, accompagné du vice-bourgmestre M. Debouvries et de plusieurs membres de son cabinet, a tenu à rappeler l'intégration exemplaire de la communauté grecque dans sa commune comme dans l'ensemble de la Belgique. Une intégration qui ne se fait pas au dépens de l'identité d'origine, bien le contraire : "on ne peut-pas s'identifier dans une communauté, si l'on ne peut pas s'identifier soi-même", a dit M. Pique.

Des propos qui ne pouvaient qu'être approuvés par les représentants grecs en Belgique où, outre SE l'Ambassadeur de Grèce, on pouvait remarquer SE l'Ambassadeur de Chypre en Belgique, SE l'Ambassadeur de Grèce auprès de l'Union Européenne, MM les Consuls Généraux de Grèce et de Chypre, Mgr le métropolite Panteleimon, plusieurs représentants des communautés grecques en Belgique et des associations régionales ainsi que les Présidents de la Fédération des Communautés grecques de Belgique et de la Fédération des Communautés grecques des Pays-Bas.


Andrew Athens "mon émotion est double"

La sagesse de M. Pique n'a pas empêché l'extrémisme de se manifester, quand un grec a interpellé M. Athens au moment où celui-ci commençait son allocution en… anglais. "En grec, en grec ! tu ne sais pas parler grec ?", a réclamé provocateur le jeune homme soutenu, il est vrai, par un repas dominical arrosé de quelques verres d'ouzo en trop. La rumeur voudrait que "l'américain" Adrew Athens ne lise, ni ne parle le grec. Ce qui, pour certains, est en soi scandaleux et le signe d'une mainmise des américains sur le SAE. M. Athens ne perd pas son sang froid et se justifie que devant une assistance qui comprenait des responsables belges, il serait plus cordial de leur parler en anglais où il aurait plus de chances d'être compris qu'en grec. "Et si vous aviez eu la patience de me laisser terminer mon discours, vous verriez que je parle aussi très bien le grec" a-t-il lancé en grec, à l'attention de son interlocuteur pressé.

La romance d'un soldat américain

Mais M. Athens avait une autre raison plus secrète d'être ému lors de son passage à Bruxelles. Modeste, il n'a rien dit devant le parterre d'officiels qui assistaient à la cérémonie. Un secret qu'il a réservé à iNFO-GRECE lors de l'entretien que nous avons eu avec lui. Normal, puisqu'iNFO-GRECE s'intéresse d'abord aux hommes avant de s'intéresser à leurs fonctions.

Le Conseil des Grecs de l'Etranger
SAE Symvoulion Apodimou Ellinismou
Le Conseil des Grecs de l'Etranger (Symvoulio Apodimou Ellinismou -SAE) est l'organe officiel de représentation de la diaspora grecque, créé par décret présidentiel en 1995. C'est une organisation internationale non-gouvernementale et sans but lucratif dont le siège permanent se trouve à Thessalonique. Quatre bureaux régionaux répartis par continent représentent les Grecs de l'Amérique, de l'Océanie, de l'Europe et de l'Asie et de l'Afrique.

Organe consultatif auprès du gouvernement grec pour les questions concernant la diaspora, le SAE vise plus particulièrement
- à préserver l'identité et l'héritage de la diaspora,
- à promouvoir l'Hellénisme et l'Orthodoxie dans les Affaires internationales,
- à soutenir les organisations communautaires dans le monde
- et à renforcer les liens entre la métropole et les quelques huit millions de Grecs qui vivent dans une centaine de pays, dont 3 millions aux seuls Etats-Unis et près d'un million en Australie. 350.000 Grecs sont en Allemagne et autant au Canada. Dans les pays francophones, la France accueille 35.000 Grecs et la Belgique 25.000.

Le Président du SAE est élu par les délégués des organisations helléniques lors de la Convention mondiale. Andrew Athens est un des fondateurs du SAE et son premier Président, dont le mandat a été reconduit en 2001.

Dans le salon que nous avons improvisé à l'écart de la Salle des Fêtes avec deux banquettes trouvées dans les couloirs de la Maison Communale, M. Athens nous rejoint avec Mme Louisa De Koster, son épouse... belge. Pour une interview, bien entendu, entièrement menée en grec et en prime l'accent américain, d'un côté, l'accent français de l'autre.

"Cette journée est une journée importante pour moi pour deux raisons", nous dit d'emblée M. Athens. "D'abord parce que c'est la première fois que je rencontre les Grecs de Belgique. Ensuite parce que la Belgique est le pays de mon cœur".

"C'est à dire ?", l'interrogeons-nous.

"Ma femme, son origine, est de Belgique. J'étais capitaine dans l'armée américaine. Nous sommes en 1944. Je venais de la France et je devais me rendre à Bruxelles, mais deux de nos soldats étaient absents. Je devais les attendre. J'ai attendu trois heures et quand j'ai passé le check-point en Belgique il faisait nuit. Alors, j'ai frappé à une porte. And here starts the romance story [et ici commence notre histoire d'amour], la maison où j'ai frappé était celle de ma future épouse".

iNFO-GRECE : Ainsi vous restez en Belgique…

A. A. : Je suis resté à Bruxelles jusqu'en '47, puis à Francfort… J'ai monté une entreprise de transports. Il y avait un grand besoin de transports de métaux de fer et d'acier. Les Etats-Unis s'étaient embarqués dans la guerre avec la Corée. C'était une guerre avec des vieilles méthodes. Avec des tanks. D'où le besoin de fer et d'acier. C'est l'époque du steel business. Mon frère est venu en Europe et il nous a acheté beaucoup de ferraille.

i-G. : C'était aussi une période où l'Amérique était très impliquée dans le développement de l'Europe.

A. A. : Il y avait le plan Marshall. Beaucoup d'entreprises en avaient bénéficié. Puis, il y avait l'Otan. Mais les Belges m'avaient aussi beaucoup aidé. S'ils te connaissent honnête, ils t'aident.

i-G. : Cependant vous décidez de rentrer aux Etats-Unis.

A. A. : La ferraille était une opportunité. Je m'étais surtout occupé de leur transport. Mais à partir de 1958 commence le déclin de ce secteur. En 1959, je suis de retour aux Etats-Unis où nous construisons notre propre usine. Jusqu'en 1968 elle était une des plus importantes usines indépendantes d'acier. Aujourd'hui elle est dirigée par mon fils.

i-G. : Lequel est né aux Etats-Unis, comme vous. Quelle est la première génération de votre famille à émigrer aux Etats-Unis ?

A. A. : C'est mon père. Il est allé aux Etats-Unis en 1904. Nous sommes originaires du village de Kakovatos à Ileia dans le Péloponnèse. Ma mère aussi, elle vient de la ville de Pyrgos dans le même département.

L'action communautaire est aussi humanitaire

i-G. : Votre dévotion pour la Grèce, suit une tradition familiale…

A. A. : Disons que mon père est rentré en Grèce en 1912 pour participer à l'effort de guerre de notre pays impliquée dans les Guerres balkaniques. Comme beaucoup de Grecs pauvres à l'époque. Moi j'ai été Président du Conseil de l'Archevêché Orthodoxe des Etats-Unis pendant vingt ans, avec l'archevêque Iakovos. L'Archevêché était le foyer où s'est développé le lobby grec aux Etats-Unis. Lorsqu'en 1974, il y a eu le problème de Chypre, Iakovos m'a téléphoné et m'a dit que nous devions faire quelque chose. Mais qu'est ce que nous pouvions bien faire ? Je lui ai dit que nous devions savoir. Si nous avons des informations, si nous savons ce qui s'y passe, nous pourrions avoir beaucoup de puissance et d'influence.

i-G. : Avez-vous le sentiment que le pouvoir du lobby greco-américain est toujours estimé à sa juste mesure ?

A. A. : Peut-être il y a certains qui ne l'estiment pas, mais nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement aussi bien grec qu'américain. Mon travail est de nous entendre avec chaque gouvernement pour le bien commun. Parfois, c'est décevant, tous ne sont pas des amis, mais ce n'est pas bien grave. Quand tu as des amis, l'avantage c'est que tu peux parler franchement.

i-G. : Un des points de friction entre le gouvernement grec et celui des Etats-Unis, c'est une pression américaine pour une meilleure efficacité dans la lutte antiterroriste en Grèce, qui irrite le gouvernement local.

A. A. : Il faut tenir compte qu'aux Etats-Unis chacun peut avoir son opinion et l'exprimer sans toujours faire des détours diplomatiques. Le terrorisme est un vrai problème, mais aux Etats-Unis nous avons eu aussi des terroristes que nous avons mis des années avant de les trouver et les arrêter. Prenez par exemple le cas d'Unabomber. Ce n'est même pas la police qui l'ait trouvé, c'est son frère qui l'a dénoncé.


Le responsable d'iNFO-GRECE,
Athanassios Evanghelou, entre M. et Mme Athens

i-G. : Revenons en Europe. Quels sont les principaux problème de la communauté grecque de la Belgique qui ont retenu votre attention lors de vos contacts avec les représentants communautaires ?

A. A. : Les Grecs de Belgique ne sont pas riches, mais vivent plutôt bien. Cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas de problèmes. Ils ont besoin d'écoles, ils ont le souci que la jeunesse ne perd pas le contact avec la culture grecque, des problèmes pour créer un musée. L'archevêque Panteleimon voudrait une plus grande église. Mais ce sont des beaux problèmes. Ce ne sont pas des problèmes de survie.

i-G. : Comme ceux des communautés des pays de l'Est ?

A. A. : Moi, je vais là où les problèmes ont un caractère de survie. Dans les pays de l'Est, en Albanie, en Afrique.

i-G. Où on vous a accusé de dilapider l'argent du Conseil des Grecs de l'Etranger…

A. A. : Ce sont des actions qui devaient être faites et qui doivent continuer. Au Soudan, nous avons mis huit mois pour sortir nos compatriotes de prison, où ils étaient enfermés sans la moindre possibilité de défense. En Afrique du Sud, à l'apartheid des blancs succède une vengeance noire. Tu ne peux pas changer les mentalités en deux jours, il faut des générations entières. A Johannesburg il y a des problèmes de sécurité, les Grecs ont peur, ils veulent rentrer. Dans l'ex-Union Soviétique, les grecs risquaient d'être complètement oubliés. Et nos actions étaient essentielles pour améliorer leurs conditions de vie au quotidien. Nous avons ouvert 12 Centres de Santé qui servent 35 villages. De plus, c'est l'ensemble de la population locale qui en bénéficie, pas seulement les Grecs. Avec 50 dollars par mois, nous payons une infirmière, des médicaments et ils se débrouillent dans une école dans une chambre. Ce n'est pas dilapider cela. C'est répondre à des besoins de base. Nous bénéficions en plus du soutien de la Grèce de l'aide du gouvernement américain. Le State Department va nous donner un million de dollars pendant trois ans pour notre action.

i-G. : Justement, quelle est la situation actuelle du SAE ?

A. A. : Le SAE est une institution très jeune encore. C'est notre sixième année depuis sa création. Il reste encore beaucoup à faire. Je vous cite deux directions de travail qui me semblent intéressantes. La Jeunesse et la mise en place du Conseil mondial de la Jeunesse, et le développement de la coopération économique entre communautés. Il faut que nous développions le commerce entre les Etats-Unis, le Canada, l'Australie… Mais avant tout, nous devons nous aimer et être unis en tant que Grecs. Si nous sommes unis, nous serons en meilleure position pour que personne ne vienne nous embêter. Et, il ne faut pas défendre seulement l'hellénisme mais aussi l'orthodoxie. Dans la Grèce contemporaine, ce sont deux valeurs difficilement séparables.

i-G. : Et l'Europe ?

A. A. : L'Europe fait des grands pas. Il faut qu'elle devienne équivalente des Etats-Unis pour qu'il y ait des meilleurs termes de compétition.

i-G. : Et, un dernier mot sur la Grèce… Quel est votre regard sur la Grèce d'aujourd'hui ?

A. A. : Je suis fier du travail accompli par la Grèce. Il y a eu beaucoup de progrès. Elle est devenue le repère du progrès dans les Balkans.

AE