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Rédigé en novembre 2009
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Cinéma grec contemporain

Yorgos Lanthimos, un regard pas comme les autres

par Athanassios Evanghelou

Yorgos Lanthimos

Yorgos Lanthimos est né à Athènes en 1973. Il a étudié la réalisation cinématographique et télévisuelle à l’école Stavrakou à Athènes. Depuis 1995, il signe la mise en scène de longs-métrages, pièces de théâtre, clips vidéo et a réalisé un grand nombre de publicités pour la télévision. Il a fait partie du groupe artistique qui a conçu et réalisé la cérémonie d’ouverture et de clôture des jeux olympiques d’Athènes en 2004. Son deuxième long-métrage, Canine, est déjà un film culte. Il a remporté le prix Un certain regard au Festival de Cannes 2009, point de départ pour d'autres distinctions internationales. De passage à Paris, il s'entretient avec le fondateur d'iNFO-GRECE, Athanassios Evanghelou.

Si, comme moi, vous avez manqué les cinq premières minutes du film, difficile d'y entrer par la suite. On se croirait plutôt dans une pièce d'Ionesco que dans un film de cinéma. "Maman, passe-moi le téléphone…" et elle tend la salière ! Mais au fur et à mesure que les minutes passent, on se laisse prendre au jeu magnifique des comédiens, piégés par les dialogues déversés au compte-gouttes, par les silences qui traînent comme ces corps ambulants dans l'hallucinante "douceur" de vivre de cet enclos muré, et par les regards perdus dans le vide qui en disent beaucoup plus que les mots tus… On se laisse bercer par l'immobilité de la caméra et le semblant de vie qui rôde dans cette routine assassine, jusqu'à ce qu'un cri strident ne nous sorte de la torpeur ou qu'une image d'une violence insoutenable ne nous fasse détourner le regard. C'est du Lanthimos : simple, posé, mesuré, comme si de rien n'était, jusqu'à ce que ça dérape ! Un absurde si réel.

Canine / Κυνόδοντας
Prix Un certain regard, Cannes 2009

Un père, une mère et leurs trois enfants vivent dans une maison en pleine campagne. Un haut mur entoure la maison. Les enfants ne l’ont jamais quittée. Ils ont été élevés, divertis, ennuyés et éduqués comme leurs parents l’entendaient : sans aucune influence du monde extérieur. Les enfants croient que les avions qui survolent leur maison sont des jouets et que les zombies sont des petites fleurs jaunes. La seule personne à pouvoir pénétrer dans la maison est Christina, agent de sécurité dans l’entreprise du père. Il s’arrange pour que Christina vienne à la maison pour qu’elle assouvisse les besoins sexuels du fils. Toute la famille adore Christina, particulièrement la sœur aînée. Un jour, Christina lui offre comme cadeau un serre-tête décoré de pierres qui brillent dans le noir et en échange, elle lui demande quelque chose.

Réalisation : Yorgos Lanthimos
Scénario: Yorgos Lanthimos, Efthimis Filippou
Avec : Christos Stergioglou (le père), Michèle Valley (la mère), Aggeliki Papoulia (la fille aînée, Christos Passalis (le fils), Mary Tsoni (la fille cadette) et Anna Kalaïtzidou (Christina)

Depuis mai 2009, Canine a participé à une vingtaine de Festivals à travers le monde et obtenu une dizaine de récompenses, dont le prix Un certain regard au Festival de Cannes, et, le dernier en date, avant publication de la présente interview, Meilleur Film au 20th Stockholm International Film Festival, le 29 novembre 2009.

Le film sort en France le mercredi 2 décembre 2009, distribué par MK2, dans 12 salles dont 3 à Paris, au Mk2 Beaubourg, Mk2 Hautefeuille et MK2 Quai de Seine.

i-GR – Canine a reçu le prix Un certain regard au Festival de Cannes en mai dernier.  Pour un certain regard, Canine, ça en est un !

Yorgos Lanthimos – Ce fut une immense joie, un grand honneur. C'est ce qui peut arriver de mieux à un film. J'ai beaucoup d'estime pour les films qui ont été primés dans cette section par le passé.

i-GR – Effectivement, vous succédez à Kiyoshi Kurosawa et à Wang Chao ! Mais, Un certain regard reste quand même une section pour films dits "difficiles"…

Y. L. – Ce qui m'intéresse, c'est de provoquer le débat. Ce n'est pas un film à thèse, je n'aime pas imposer mon point de vue.

i-GR –  Néanmoins, dans cette allégorie sur le pouvoir de l'éducation, vous choisissez la face négative de l'éducation, celle de la perversion et de la manipulation à volonté des individus.

Y. L. – Mon devoir, c'est parler des dangers dans la société. Les bonnes choses existent, elles sont là où elles sont ; qu'on en jouisse !

i-GR – Même si ce n'est pas évident de retracer la genèse d'une idée, est-ce qu'il y a, tout de même, un point de départ pour Canine ?

Y. L. – Je me suis interrogé sur le sens de la famille, sur l'avenir… Est-ce que la famille pourrait cesser d'exister un jour ? Jusqu'où peut aller l'Homme ? A partir de là, jusqu'où peut-on transformer un homme ? Le même questionnement est valable au-delà de la famille. On peut l'appliquer à la politique, à la société, etc. Le danger ne provient pas seulement de la famille.

i-GR. – Et, pour illustrer le dérapage d'une maîtrise absolue sur l'éducation, vous choisissez de l'exprimer à travers la sexualité. Est-ce vraiment là que ça se passe ou est-ce un effet de mode ?

Y. L. – Bien sûr, il n'y a pas que la sexualité qui intervient, mais la sexualité est chose très proche de la nature. D'une certaine, façon, incontrôlable.

i-GR – … et, quelque part, rassurant de voir que quelle que soit la maîtrise d'un système sur les individus, ils trouveront toujours une échappatoire. C'est ce que vous croyez ?

Y. L. – Chacun pense avec sa propre réalité. Ce que j'attends, c'est que chacun interprète mon film à sa façon, à travers ses propres expériences, son vécu à lui… Qu'il y ait une interaction avec le spectateur. Je ne veux pas lui imposer un point de vue.

Christos Passalis, Aggeliki Papoulia, Mary Tsoni

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