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Rédigé en mai 2010
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Comment faire d'un cauchemar, le rêve d'un feuilleton

Rachel Suissa : Au secours, ma mère est grecque !

par Athanassios Evanghelou

Rachel Suissa

Comment se débarrasser au mieux de sa maman ? En lui disant "lâche-moi" ou "je t'aime" ? Rachel Suissa choisit de combiner les deux et d'en faire une pièce de café-théâtre. Maman, je t'aime… Post-scriptum : lâche-moi! Fille de Jan Vassilis, célèbre crooner des nuits grecques à Paris dans les années 70, et de la non moins célèbre Eva Tsolis, reine du gyros, Rachel monte sur scène avec son petit frère Christos Tsolis, pour une comédie burlesque, après quelques jolis succès dans des séries TV.

J'ai bien rigolé dans Maman, je t'aime... PS : lâche-moi !, mais je n'imaginais pas un instant que quelques jours plus tard je dirais à mon tour, "Eva, ante, parata mas ligo !" Et, comme dans la pièce de Rachel, c'était une incantation inutile ! Tout comme maman était présente dans la salle du théâtre, et à l'entrée, à régir tous les détails, elle était finalement présente dans notre interview ! Pour tout vous dire, si elle est restée silencieuse, sans intervenir un seul instant, c'était un exploit autant pour "maman" que pour moi et Rachel. Explications.

Rachel Suissa – Ma mère est grecque. Mais le fait qu'elle soit grecque, c'est une excuse. La générosité, l'hospitalité, le souci pour sa fille… La grécité amplifie tout cela. La Grèce c'est l'excuse de vouloir faire comme en Grèce. En Grèce, on mange du trachana (sorte de soupe paysane au riz de farine, ndlr), alors au petit déjeuner, elle se croit obligée de me faire manger du trachana. Sauf que ça fait longtemps qu'elle est partie de Grèce. Elle a quitté le pays à 22 ans. J'en connais des filles qui vivent avec leur mère. Je connais la Grèce. Je peux vous assurer que ce n'est pas comme ça. Ce n'est pas comme ma mère.

i-GR – J'allais vous demander "Où l'avez-vous connue", mais, pardon, j'oubliais, que c'est votre mère !

R. S. – (rires) Ses origines sont diverses. Elles changent en permanence. Je me demande si, elle-même, sait d'où elle vient. Si elle prend un taxi, elle finit par se découvrir les mêmes origines que le chauffeur ! D'ailleurs je ne sais même pas quel âge elle a. Mon papou (grand-père) était originaire d'Alexandrie. Il était maire de sa commune. Alors, il ne s'était jamais soucié d'enregistrer sa fille. Elle a ainsi été longtemps sans papiers.

i-GR – La pièce que vous jouez au théâtre, c'est donc du théâtre-réalité… Après la Reality à la tv, le tour du théâtre ?

R. S. – Vous savez, au théâtre ou à la télé, d'habitude, on prend un fait de sa vie et on l'exagère. Moi, je dois le diminuer, l'atténuer, en permanence.

Rachel Suissa et Eva Tsolis

Rachel et sa maman Eve

i-GR – C'est terrible, une mère pareille ! Elle est étouffante !

R. S. – C'est sûr que, par moments, j'ai besoin de souffler un peu, mais ce n'est pas de la souffrance. Je la gère. J'ai appris à la gérer. Quand j'étais petite, elle était très envahissante. Maintenant, c'est moi qui l'appelle sans arrêt.

i-GR – Une thérapie via le théâtre ?

R. S. – Pas du tout ! Je suis très bien dans ma peau. Il n'y a pas de message dans la pièce. C'est un jeu entre ma mère et moi, on s'éclate. Pour moi c'est une autodérision, pour elle une déclaration d'amour. Bien sûr qu'elle m'énerve. Mais, ce n'est pas pour dire via le théâtre ce que je n'arrive pas à lui dire autrement. Elle est une excellente matière première pour l'écriture. L'inspiration est souvent sous les yeux, il n'y a pas à aller chercher loin.

i-GR – Vous lui en voulez ?

R. S. – Non ! Même si c'est parfois maladroit, je sais que dans sa tête, c'est pour mon bien ; une forme d'amour. Je ne peux pas lui en vouloir. Puis je sais que, Maman, elle m'écoute.

Rachel Suissa