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Une blonde avec des neurones Eleni Laiou, des plaches des bateaux grecs aux planches des théâtres parisiens |
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Ca commence bien, j'ai rarement ri autant au téléphone. Lorsque Eleni m'appelle pour me présenter le spectacle de Theatrouille au théâtre Comedia du bd Strasbourg elle est en pleine forme. Difficile de résister. "Vous êtes comme ça dans le spectacle ?", lui demande-je. "Oui, en pire", elle répond. Et, effectivement, dans le château hanté qui sert de décor, il s'en passe des choses et cette fille d'un armateur grec venue en France faire des études d'économie maritime s'en donne à cœur joie.
Un metteur en scène, trop metteur en scène, amène sa troupe dans un manoir pour un hallucinant week-end de répétitions. Pour exorciser la trouille, une seule arme le rire. Des mousquetaires trop mousquetaires, un héritier qui en fait de trop en black… chinois. Entre comédie musicale, combats d’épée, parodies de séries télé et chansons de variétés, on distingue une blonde trop blonde… pour être bête comme une blonde ! "Bah oui, j'ai quand même quelque neurones dans la cervelle", ironise Eleni. Et des beaux yeux vert-émeraude, ajouterai-je. "Au début on était un noyau de quatre personnes avec Alex (Goude) et Frédéric (Lenci), moi et Jean-Jacques (Batihe). Alex et Fréd ont écrit la pièce, puis d'autres comédiens nous ont rejoint. C'est vrai que les caractères sont tellement exagérés qu'ils finissent par déteindre sur les comédiens et vice-versa (rires). Mais il y a une vraie joie de toute l'équipe de vivre les personnages."
Comment une grecque arrive sur une scène parisienne ? Je suis venue en France il y a six ans pour faire des études d'économie comme une fille de bonne famille. C'est ce que voulait mon père. Que je retourne travailler dans l'entreprise familiale. Je me suis alors inscrite à l'IUP de Shipping Trading à Nantes et j'ai pris des cours de théâtre en cachette, sans le dire à Papa et à Maman. Des fois ils m'appelaient à 11 heures du soir, ils ne me trouvaient pas à la maison et ils craignaient que je travaille comme serveuse. C'était impossible de discuter : si tu veux faire du théâtre deviens metteur en scène, pas comédien, ils me disaient. Donc ?
Pendant trois ans j'ai suivi les cours Florent. J'ai eu un premier petit rôle. Puis je me suis liée avec deux troupe : celle-ci avec laquelle on monte Théatrouille et celle des frères Botti. J'étais Solange dans "Lit et autres possibilités" de Christophe Botti au Théâtre Akteon, puis nous avons monté "Un cœur de père", une histoire d'un couple homosexuel qui veut adopter un enfant. La je jouais la fille qui sème le trouble. Tu participes aussi à quelques courts métrages de cinéma, puis l'année dernière on te trouve chez Stéphane Bern. Te voilà entrée dans la Bern Academy ! Ah oui, je jouais encore la blonde, Jessyfer (rires) ! Et tes études d'économie ? J'ai laissé tombé. Et Papa ? Papa est venu me voir il y a deux mois. Il m'a vu jouer sur scène. "J'espérais que tu changerais", il m'a dit. "Mais maintenant j'ai compris que tu est faite pour ça. As echeis tin efchi mou (que tu aies ma bénédiction)". C'est normal qu'il réagisse comme ça, c'est un père grec.
Tu y retournes quand même de temps en temps en Grèce… Bien sûr ! Au moins à Noël, Pâques et l'été. C'est indispensable. Pourtant tu n'as pas un soupçon d'accent grec… Comment en six ans on arrive à parler sans accent ? En Grèce, j'étais chez les sœurs de l'Ecole française de Pirée, le Lycée Jeanne d'Arc. On avait une heure par jour des cours de français. Ensuite, arrivée en France, avec le théâtre, j'ai pris des cours de diction. Comment s'est passée ton arrivée en France ? A Nantes, je me souviens, il neigeait cet hiver. Je suis restée six mois, puis j'ai eu le choc de Paris. C'était curieux. Je ne connaissais personne. J'ai pris le métro, et je suis sortie au pont Alexandre III. J'ai été éblouie. Je voulais appeler mes parents en Grèce pour leur dire comment c'était beau. Depuis, j'adore Paris. Chaque fois que je sors, c'est comme si c'était la première fois. Est-ce que tu as rencontré des problèmes pour débuter au théâtre ? Non, aucun problème à part les questions l'accent au début. Je ne connaissais personne dans le milieu. Mais j'étais désormais à ma place. Je vivais ma passion. Je crois que si tu vis pleinement ta passion, les choses viennent à toi toutes seules. Est-ce que tu vois d'autres Grecs à Paris ? Pas vraiment. J'avais une amie grecque qui maintenant est partie, elle est rentrée en Grèce. Par contre j'ai des amis… internationaux : un Kurde, un Turc… C'est très rigolo de se retrouver à table entre "ennemis".
Pas de nostalgie du pays donc… Pour le moment, non. En Grèce, j'avais une superbe vie. J'avais mes parents, des amis, de l'argent, il fait beau… mais il fallait que je parte. En Grèce, les parents nous aiment trop, on est gâtés et on devient capricieux. Qu'est-ce qui te plait le plus en France ? C'est la liberté. Ici, tu es accepté, même si tu es différent. C'est plus ouvert par rapport aux autres cultures. En Grèce, tout le monde pense pareille. Quand je rentrais en Grèce, avec mes idées j'étais vue comme la brebis égarée. L'autre chose, ce sont les garçons. Tout ce qui compte pour les garçons grecs, c'est l'argent et l'apparence. Argent, bagnole, un style macho qui ne marchait pas avec moi. Ici, il y a la Culture et sortir de la norme c'est plutôt une qualité. Et en Grèce ? Mmmm… la liberté aussi (rires). Ici, il faut payer pour tout. En Grèce, tu te gares où tu veux, tu construis ta maison où tu veux…. C'est cool. C'est un peu l'anarchie, mais c'est sympathique.
Tu y retournes pour les vacances cet été ? Quels sont tes endroits préférés ? En ce moment on travaille la pièce, donc j'attendrai la fin de la saison pour y aller. Mes parents habitent à Voula (à l'Est d'Athènes) et la mer n'est jamais loin. Mais cette année j'aimerais aller à Amorgos. Une fille d'armateur a certainement fait la tournée de toutes les îles… Ah oui. Santorin, j'adore. Mykonos, Paros, Hydra, mais aussi la Crète, Rhodes et Sifnos… D'autres que j'oublie sûrement. Et à Paris ? Quelles sont tes... îles préférées ? A Paris, j'adore pique-niquer sur le Pont des Arts. De temps en temps me faire un resto grec et aller… éliminer avec un jogging au Bois de Boulogne. Pour le soir, Saint-Germain-de-Prés est mon quartier préféré, mais j'adore aussi prendre un branch le dimanche matin dans le quartier de Notre Dame.
Est-ce que le jogging suffit pour garder la ligne d'une comédienne ? Un peu de gym tous les jours est nécessaire pour garder la forme. Pour la ligne, la recette est simple, il ne faut pas manger en dehors des repas, puis je me suis mise à la cuisine des légumes vapeur, mais la fêta et l'huile d'olive ne manquent jamais à table. Ce qui est sûr c'est que je ne demanderai pas à Eleni de m'inviter à sa table. J'adore la fêta et l'huile d'olive, mais je déteste les légumes vapeur. Par contre, en nous quittant, entre une revoyure pour un branch au Flore, face à Notre Dame de Paris, ou une virée à Amorgos face à la Grande bleue, le choix est fait. En jurant que je ne serai pas macho comme un Grec ! Devinez… |
Paris
iNFO-GRECE, juin 2005
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