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Anastasia Politis : l'aventure du théâtre.

Une athénienne qui a grandi sur l'île de Cephalonia et plus encore sur les routes grecques dans le sillage et le hasard des déplacements de son père. Elle en a gardé le goût des valises toujours à semi-ouvertes à semi-fermées et elle se soumet volontiers au destin du théâtre qui continue de la mettre sur les routes, en tête cette fois de la compagnie Erinna, installée à Paris.


Vue par Janusz

"Je suis une athénienne provinciale", déclare d'emblée Anastasia Politis, pour résumer l'estampe laissée par le tour de Grèce de son enfance. "Mon père était employé de banque et nous le suivions au gré de ses affectations", dit-elle. Née donc à Athènes, puis le temps de prendre l'air marin à Céphalonie, en mer ionienne, route pour le Nord à Thessalonique, puis Agrinion, Patras, de nouveau Athènes…

Elle y finit ses études de Lycée, "première de la classe", et s'inscrit à la faculté des Sciences économiques. Elle y apprendra la rigueur de l'organisation et de la gestion. La passion du théâtre viendrait du côté de sa mère. "Elle aurait pu devenir actrice de théâtre ou de cinéma, elle était très belle… Dans le quartier on l'appelait Marilyn Monroe", aime à se rappeler Anastasia. Secrétaire de direction, sa mère arrête de travailler après le mariage "comme toutes les femmes grecques". Elle peut donc s'occuper de la petite Anastasia qu'elle amène avec elle au théâtre, l'inscrit aux cours de danse, de piano. Alors Anastasia, l'accomplissement des désirs de sa mère ? "Non, mais, Papa aussi avait des goûts artistiques", corrige-t-elle aussitôt, "lui, il aurait aimé devenir chef d'orchestre ! il chantait aussi dans une chorale."


dans la Cerisaie de Tchékhov, 1992

Premier souvenir du théâtre à cinq ans "le roi Lear, avec Manos Katrakis en tournée dans la petite ville d'Agrinion, je me souviens d'une scène avec le fou dans les bois, j'ai pleuré quand il doit renoncer à la fille qu'il aime". Quand enfin sa famille revient s'installer à Athènes, elle se trouve à "trois pâtés de maisons de l'endroit où Nelly Karras tenait l'Elefthero Ergastiri Theatrikis Kinisis [Atelier libre du geste théâtral]. J'ai eu ainsi l'occasion d'entrer dans l'aire du théâtre, avec une approche plus sensuelle et moins intellectuelle". Elle y passe la moitié de son temps libre pendant qu'elle poursuit ses études à l'Université ; "l'autre moitié, c'était en travaillant comme caissière à la banque". Travaux pratiques en ligne avec le diplôme d'économie qu'elle prépare.

Chez les Politis, tous les apprentissages sont utiles ; c'est d'ailleurs par les chemins, certes inattendus, de l'économie que Anastasia passera du théâtre-loisirs au théâtre professionnel. "L'économie était un moyen de comprendre le monde d'aujourd'hui. La jeunesse grecque se posait à l'époque beaucoup plus de questions qu'ici [en France, NDLR]. L'économie faisait partie des clés pour comprendre les nouveaux enjeux".


Médéa/Fictions, 1996

Elle arrive donc à Paris pour suivre les cours d'un DEA (premier diplôme de troisième cycle) en Economie du Travail et des Ressources humaines. Déjà en tête un esprit de chef d'entreprise, d'un meneur de troupes ? "Non", se défend-elle en riant, "ce n'était pas mon but de créer une entreprise, même si c'est vrai qu'aujourd'hui, avec une troupe de théâtre, je dois faire appel à mes talents de manager, mais le profit n'est pas mon premier souci. Même dans l'économie on peut se faire plaisir". Son mémoire du diplôme portera alors sur l'économie du travail dans le théâtre. Ce sera la manière d'Anastasia de joindre l'utile et l'agréable. "J'ai dit à mon prof que même si je faisais une thèse brillante en économie, je ne résoudrais pas le problème du chômage en France. A partir de ce constat je devais faire quelque chose qui me permette de m'épanouir".


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