Les rendez-vous d'Angélique

 

Angélique KourounisChaque semaine, Angélique Kourounis, correspondante de la presse francophone à Athènes, livre à travers ses rencontres un regard différent sur l'actualité, en exclusivité pour iNFO-GRECE.

Interview du porte-parole de la police hellénique, Thanassis Kokalakis

Terrorisme grec: expression politique ou délit de droit commun?

Thanassis Kokalakis

Avec la crise économique que traverse la Grèce, doit-on s'attendre à une recrudescence des actes terroristes ? Depuis les années 80, diverses organisations ont occupé sans discontinuité le terrain, allant de la explosion "ordinaire" d'un terminal de banque à l'assassinat crapuleux de personnalités du monde politique et des affaires, en passant, dernièrement, par l'abattage froid de simples policiers sur la voix publique. Certes, il ne faut pas s'attendre à des grandes révélations de la part d'un porte-parole dont le métier est, le plus souvent, de combler les questions par du vide. Mais derrière l'art de ne pas fournir des réponses précises, ne se cache-t-il pas parfois un manque de réponse, voir une incapacité à se saisir des questions ? A vous de juger. Interview d'Athanassios Kokalakis, porte-parole de la Police grecque.

iNFO-GRECE : Monsieur Kokalakis, quel est le profil du terroriste grec ?

Athanassios Kokalakis : Je dirais qu'avant tout il s'agit d'une personne jeune, en général, provenant d'un milieu aisé, de famille moyenne, voir haute bourgeoisie, qui se définit par une orientation gauchiste, ou d'extrême gauche et qui l'a amené à fonctionner sur un mode de pensée anti-autoritaire. Ce n'est pas quelqu'un d'isolé de la société, il vit dedans, mais il ne respecte pas les règles de cette société.

i-GR : Combien sont ils, ces nouveaux terroristes ? A-t-on une idée de leur nombre ?

A. K. : Nous, à la police, nous estimons avoir démantelé le plus gros des organisations terroristes du pays. Nous ne pouvons pas, dans l'état actuel des choses, affirmer avec certitude combien il en reste encore en liberté. Mais, ce que nous pouvons dire c'est que le noyau dur, actif, des organisations terroristes grecques est en grande partie neutralisé.

i-GR : Il reste tout de même des noyaux très actifs, comme, par exemple, la « Secte révolutionnaire » ?

A. K. : C'est pourquoi je vous disais «en grande partie». La « Secte révolutionnaire » n'est que l'étiquette d'une organisation. Ce que nous faisons en ce moment c'est que nous ciblons chaque individu que nous jugeons mêlé à une organisation terroriste et suite à ce suivi, notre enquête et analyse, effectuées avec une méthode et un système défini, nous cherchons à déterminer qui a agi sous quelle « étiquette » d'une ou de plusieurs organisations.

i-GR : Ces dernières années un slogan des milieux anti-pouvoir revient régulièrement et tend à devenir populaire dans les manifestations : batsoi, gourounia, dolofonoi (flics, porcs, assassins). Ca ne vous préoccupe pas ? Cette violence, n'a-t-elle pas aussi sa source dans le manque de confiance du citoyen dans sa police ?

A. K. : Je pense que ce à quoi vous vous referez ce sont des infimes minorités. De tous petits groupuscules qui utilisent ces slogans dans les manifestations. Pour vous démontrer à quel point la crédibilité de la police a été prouvée, dans le dernier rapport de l'organisme « Transparence internationale », les policiers grecs sont nommés en bout de la liste des organes de l'état soupçonnés de corruption ou d'abus de pouvoir.

i-GR : C'est ce à quoi on devrait s'attendre dans un pays démocratique, non ? Il n'empêche que les gens qui scandent ce type de slogans ou ceux qui se tournent vers la lutte armée sont des gens présents dans la vie quotidienne. Comme vous l'avez dit vous-même, ce ne sont pas des gens découpés de la société. N'y a-t-il pas là un risque de banalisation du terrorisme ?

A. K. : Je pense que toutes les communautés civiles occidentales sont exposées à des groupes de marginaux qui d'une façon ou d'une autre mettent en question l'ordre social établi. C'est un phénomène courant dans chaque Etat. Ainsi, en Grèce aussi, c'est une mode intemporelle que de crier ce type d'insultes aux forces de l'ordre.

i-GR : Donc, le terrorisme aussi, c'est une mode intemporelle en Grèce ?

A. K. : Je ne dirais pas que le terrorisme grec est une mode intemporelle, je dirais que c'est un phénomène crée par une infime minorité qui a agi durant de très nombreuses années. Le « 17 Novembre » était une organisation qui a agi durant plus de 25 ans, la « Lutte populaire révolutionnaire » (ELA) est un groupe qui a agi durant 6 ans et la « Conspiration des cellules de feu » est une organisation qui a agi durant les 2 dernières années. Et ces trois groupes se trouvent à présent tous derrière les barreaux. Les personnes qui ont été impliquées dans des actions terroristes et qui ne sont pas encore dans les mains des autorités ou fichés et sous surveillance sont très peu nombreux.

i-GR : Imaginons un champ de mines qui, même déminé, reste dangereux car une seule peut encore tuer. Mais, voilà, des mines on sait d'où elles proviennent. Les terroristes, d'où viennent-ils ? Je veux dire, avez-vous cherché à identifier les causes de leur émergence ?

A. K. : On pourrait dire qu'il y a un nombre de gens en Grèce qui s'offrent le privilège d'avoir des vues anti-autoritaires ou une disposition anti-autoritaire. Peut être que c'est parmi eux qu'il faut chercher ces individus qui causent des problèmes ! Ils refusent toute forme de gouvernement. Ils s'emploient, pensent-ils, à leur façon, à changer, soit disant, quelques structures. En réalité, ils commettent des délits de droit commun et rien d'autre. Parce que les structures et données démocratiques, ici en Grèce sont solides, il y a une constitution, des lois, les trois niveaux du pouvoir, le législatif, l'exécutif, le juridique, sont séparées et fonctionnent beaucoup mieux que jamais auparavant dans l'histoire du pays. Le terrorisme, donc, ça n'a pas de raison d'être.

Angélique Kourounis
Athènes, janvier 2011

Vous pouvez utilement compléter votre information sur le sujet en visionnant le film d'Angélique Kourounis "La terrorisme en Grèce", diffusé dans l'émission L'effet papillon sur Canal+, rediffusé régulièrement et visible sur le site de la chaîne.

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Publié le: 2011-02-01
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